9 déc. 2017 à 08:11
Code d'info: 82756739
0 Persons
Zarif: l'UE ne devrait pas sous-estimer ses capacités

Vienne, le 9 décembre, Iran – L'Union européenne ne devrait pas sous-estimer ses capacités, a déclaré jeudi le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Dans une interview avec un groupe de réflexion allemand nommé « Korber Foundation » sur l'engagement européen au Moyen-Orient, Zarif a ajouté que l'Union européenne a joué un rôle de premier plan dans la réalisation d'une transformation cognitive essentielle au cours du processus de négociation.
Décrivant l'UE comme un partenaire compétent dans les négociations sur le nucléaire iranien, il a déclaré que l’UE pourrait être un partenaire pour apporter la stabilité dans la région du golfe Persique.

L'interview de Zarif ci dessous:

Fondation Körber: Monsieur Zarif, en pensant aux développements récents dans les relations germano-iraniennes, le plan d'action global commun, qui est négocié, est l'élément le plus important. L'Allemagne en particulier a placé ses espoirs pour un nouveau départ dans les relations de l'Iran avec l'Occident. Aujourd'hui, il semble que nous avons un Washington ambivalent. L'Allemagne peut-elle préserver l'accord?

Zarif: Je pense que l'Allemagne et l'Union européenne ont joué un rôle de premier plan dans la réalisation d'une importante transformation cognitive au cours du processus de négociation. Quand on comprend que c'est une approche à somme nulle, c'est la seule chose qui fait la différence. Aujourd'hui, l'Iran met en œuvre son côté du marché. Cependant, l'Iran est le bénéficiaire le moins rétribué malgré la poursuite sans faille de ses obligations. Ceci est contraire à la lettre et à l'esprit de l'accord. L'Iran doit recevoir les bénéfices promis de l'accord, que le peuple iranien mérite à juste titre.

Fondation Körber: Qu'en est-il de l'engagement plus large au Moyen-Orient de l'Allemagne et de l'UE? Convenez-vous que l'UE a des capacités limitées pour changer les réalités de la région?

Zarif: Je veux me concentrer sur notre région, le golfe Persique. L'UE ne devrait pas sous-estimer sa capacité dans ce domaine. L'UE s'est révélée être un partenaire très compétent dans les négociations nucléaires iraniennes.

Fondation Körber: De quelle manière?

Zarif: Je pense que l'UE devrait jouer un rôle beaucoup plus assertif, car sa philosophie de résultats positifs, de situations gagnant-gagnant et de dialogue peut être un ingrédient important pour la résolution des conflits dans la région. L'UE devrait promouvoir le dialogue et la compréhension, car elle n'a pas le bagage que d'autres acteurs de cette région ont. Un autre rôle important que l'UE pourrait jouer est d'envoyer les bons signaux aux différents acteurs de la région, qui pourraient recevoir de très mauvais signaux d'autres acteurs mondiaux lors du récent conflit entre les pays arabes du Golfe Persique.

Körber-Stiftung: Regardons au-delà du Golfe Persique, en Afghanistan, votre grand voisin. Malgré une longue histoire d'engagement international, l'instabilité persiste et l'Allemagne et l'Iran continuent de recevoir un grand nombre de réfugiés afghans. De nombreux Allemands ne soutiennent plus l'engagement de la Bundeswehr au sein de la mission de l'OTAN. Comment voyez-vous l'avenir de l'engagement international en Afghanistan?

Zarif: Eh bien, nous ne sommes pas particulièrement favorables à l'engagement de l'OTAN, mais nous sommes certainement intéressés à voir les Européens continuer à s'engager en Afghanistan. Nous avons commencé ce projet ensemble à Bonn lorsque nous avons aidé les Afghans à établir un gouvernement de transition après la domination des talibans. Aujourd'hui, après 16 ans, le gouvernement continue de fonctionner et le processus électoral se poursuit. Ce processus a donc été plus efficace que ce que beaucoup de gens pensaient. Cependant, il est important de s'assurer que l'Afghanistan demeure un État viable. L'économie de l'Afghanistan doit se transformer en une économie formelle et prospère, où le pays peut utiliser sa situation géographique et ses ressources humaines et naturelles pour offrir au peuple afghan un moyen de subsistance différent de celui des drogues, du terrorisme, des chefs de guerre et du trafic d’êtres humains. Réaliser une transformation économique en Afghanistan est également le moyen le plus efficace de s'attaquer au problème des réfugiés. Les gens ont besoin d'avoir la possibilité de retourner chez eux et de trouver des alternatives aux activités criminelles.

Körber-Stiftung: Que peuvent faire l'Allemagne et l'Iran pour réaliser cette transformation économique?

Zarif: Je pense certainement que l'Iran et l'Allemagne pourraient travailler ensemble sur l'Afghanistan, et j'en ai déjà discuté avec des PDG allemands. Une possibilité serait de développer le transport de l'Afghanistan au golfe Persique ou à la mer d'Oman, et de permettre ainsi aux Afghans de développer leurs mines. Nous pourrions également nous engager dans des coentreprises afin d'établir des usines en Afghanistan. Par exemple, l'Iran pourrait transformer le minerai de fer afghan en acier et l'exporter pour les Afghans. L'Iran possède des capacités avancées d'ingénierie et de construction et peut les déployer en Afghanistan à un coût inférieur à celui des autres acteurs. Par conséquent, nous avons un avantage comparatif.

Körber-Stiftung: Une dernière question concernant la Syrie. Qu'attendez-vous de l'Allemagne et de l'UE une fois la guerre terminée?

Zarif: La reconstruction. Les Syriens devraient recevoir le message qu'il y aura des bénéfices de paix, indépendamment de la façon dont cette paix est formée, et aussi longtemps que c'est une paix inclusive dont tous les Syriens sont satisfaits. Les Syriens devraient savoir que l'UE sera là pour les aider à reconstruire leur pays sans aucune condition. Le seul message devrait être la paix.

Suivez l'IRNA sur Twitter @Irnafrench
9053**