Ancien ambassadeur de Tunisie en Iran :  Washington encourage le régime sioniste à persister dans sa politique de discrimination

Téhéran (IRNA) - Critiquant le soutien des États-Unis à l’égard des crimes du régime sioniste, Mohamed Ibrahim Hsairi, ancien ambassadeur de Tunisie en Iran, a déclaré : « L’attitude injuste et injustifiée des États-Unis explique le retour perpétuel et répétitif de la violence car elle signifie que Washington encourage le régime d’occupation à persister dans sa politique de colonisation, d’expansion et de discrimination. »

Lors d’une interview exclusive accordée à l’IRNA, Mohamed Ibrahim Hsairi, ancien ambassadeur de Tunisie en Iran, s’est exprimé à propos des événements récents en Palestine. Ce haut diplomate tunisien a également commenté, lors de cette interview, les négociations en cours entre l’Iran et les pays signataires du JCPOA.

Diplomate, expert en politique étrangère et analyste des questions en rapport au Moyen-Orient et à l’Afrique du nord, Mohamed Ibrahim Hsairi était déjà en mission en tant que l’Ambassadeur de Tunisie dans les pays tels que l’Iran, le Koweït, la Syrie, la Mauritanie et l'Indonésie. Voici le texte intégral de l’interview de Mohamed Ibrahim Hsairi accordée à l’IRNA.

IRNA - Ça fait longtemps que les territoires palestiniens sont occupés par le régime sioniste et au cours de ces années, plusieurs résolutions ont été adoptées par l'Assemblée générale des Nations Unies condamnant les actions du régime sioniste contre le peuple palestinien. Cependant, nous continuons toujours à voir la poursuite de l’occupation et de la violence des Sionistes. Pourquoi les institutions internationales telles que les Nations Unies surtout le Conseil de sécurité, ne peuvent-elles pas empêcher la reprise de cette violence ?

Mohamed Ibrahim Hsairi  - Quand on sait que depuis 1967 à ce jour, les Etats-Unis ont opposé une cinquantaine de fois leur veto à des projets de résolutions relatives à la question palestinienne, on comprend, aisément, pourquoi ni le Conseil de Sécurité, ni l’Organisation des Nations Unies n’ont pas pu mettre en application leurs nombreuses résolutions qui, pourtant, reconnaissent les droits légitimes du peuple palestinien et qui doivent, du moins théoriquement, constituer le fondement du règlement de paix du conflit palestino-israélien.

D’ailleurs, en ce moment où l’agression israélienne fait rage à Gaza et dans les territoires occupés, les Etats-Unis persistent dans leur comportement abusif en bloquant, à trois reprises en l’espace de quelques jours, l'adoption d'une simple déclaration du Conseil de sécurité qui appelle à la désescalade et dont le texte, proposé par la Tunisie, la Norvège et la Chine a été, faut-il le souligner, approuvé  unanimement par 14 des 15 membres, permanents et non permanents, du Conseil de sécurité.

En même temps, le président américain, Joe Biden, ne cesse d’apporter son soutien à l’agression israélienne en déclarant qu’Israël « a le droit de se défendre quand des milliers de roquettes sont tirées vers son territoire ».

Avec cette attitude, il ne fait qu’avaliser les décisions unilatérales et contradictoires avec les engagements des Etats-Unis et les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité que son « non-regretté »  prédécesseur Donald  Trump a prises, et qui ont été couronnées par  son fameux « marché du siècle » que l’ancien premier ministre et ministre des affaires étrangères français Dominique de Villepin qualifie de « marché abject » car il vise non pas à mettre fin au conflit israélo-palestinien, mais à rayer complétement et définitivement les droits historiques et inaliénables  du peuple palestinien.

C’est, à mon sens,  cette attitude américaine injuste et injustifiée qui explique le retour perpétuel et répétitif de la violence car elle signifie que Washington encourage le régime d’occupation à persister dans sa politique de colonisation, d’expansion et de discrimination et qu’elle ignore les souffrances du peuple palestinien, condamné depuis plus de cinquante années à une vie d’enfer sans aucune perspective.

Et aussi longtemps qu’il n’est pas mis fin à la politique de puissance et au statut d’exception dont se prévaut le régime sioniste et tant que la légalité internationale demeure, délibérément, rejetée, il ne sera pas possible de jeter les bases d’une paix durable en Palestine et dans la région.

IRNA -  Comment évaluez-vous le silence des pays occidentaux face à la violation du droit international par le régime sioniste et la poursuite de la violence israélienne contre le peuple de Gaza? Est-ce qu'il y a un double standard pour le droit de l’homme ?

Mohamed Ibrahim Hsairi - Sans nul doute... il y a un double standard non seulement pour le droit de l'homme, mais pour le droit dans son sens absolu.

Le comportement des Etats-Unis, en particulier et des pays occidentaux, en général, vis-à-vis de la question palestinienne en est l’illustration la plus éloquente.

A ce propos, je voudrais rappeler que le 24 mai 2011, le Congrès des Etats-Unis a reçu l’arrogant premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en tant qu’invité spécial. Dans sa déclaration solennelle, à l’occasion, il qualifia les territoires palestiniens occupés de « terre d’Israël », affirma que « les 650.000 israéliens qui vivent au-delà des lignes de 1967 résident dans les quartiers et les banlieues de Jérusalem et du grand Tel Aviv » et conclut que « ces zones et d’autres endroits d’importance stratégique seront intégrés dans les frontières définitives d’Israël ». 

Ces propos, pour le moins, extravagants, ont été accueillis par le Congrès par des ovations enthousiastes, ce qui constitue un éclatant déni du droit par les sénateurs américains et trahit, à la fois, une défaillance politique et une déficience morale qui mettent les Etats-Unis en contradiction avec leurs propres valeurs et les valeurs universelles.

Aussi, il n’est pas fortuit que Benjamin Netanyahu qui s’oppose farouchement à la mise en exécution du principe de deux Etats « vivant côte à côte dans des frontières reconnues et sûres » proclamé par les Nations Unies depuis 2001, c’est à dire depuis une vingtaine d’années, ne cesse d’intensifier ses efforts effrénés  pour accélérer la confiscation des terres palestiniennes, en expulser ses propriétaires palestiniens par la force et l’intimidation, et multiplier les colonies dans les territoires occupés, tout en cherchant à anéantir toute forme de résistance palestinienne qu’il taxe de terroriste, pour s’arroger un faux « droit de légitime défense » contre le terrorisme palestinien.

En somme, le comportement des Etats-Unis qui trahit une complicité de fond avec le régime sioniste, aggrave le déséquilibre des forces sur le terrain, et fait prévaloir la force sur le droit. Il constitue, en fait, un encouragement à la puissance occupante, à refuser la reprise des négociations avec la partie palestinienne, d’autant plus qu’elle poursuit son programme de confiscation des territoires occupés sans grandes difficultés et sans risques d’être condamnée, car elle agit à l’ombre de la protection américaine qui prévient toute sanction et qui, en même temps, paralyse le conseil de sécurité et obstrue tout action de l’ONU.

Avant de conclure mon propos à ce sujet,  je voudrais faire remarquer, sur un autre plan,  que la politique de deux poids deux mesures apparait, également d’une manière loquace, dans la duplicité du comportement des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux à l’égard de la question de la non-prolifération des armes nucléaires au Moyen Orient et dans le monde.

Au moment où Washington se retire du JCPOA (Joint Compréhensive Plan of Action), et procède, avec la complicité des grandes capitales européennes, a l’intensification des sanctions et des pressions à l’encontre de Téhéran, elle s’oppose catégoriquement, au sein de l’AIEA, aux efforts des pays de la région de proclamer le Moyen Orient zone exempte de l’arme nucléaire, afin évidemment de préserver le statut d’Israël, seul détenteur de l’arme atomique dans la région.

IRNA  - Comment évaluez-vous l'attaque israélien pulvérisant un immeuble abritant des médias internationaux à Gaza? Est-elle une tentative pour dissimuler ses crimes ? Peut-on parler de violation flagrante de la liberté d’expression ?

Mohamed Ibrahim Hsairi - Absolument ! C’est une violation flagrante de la liberté d’expression. Mais puisqu’elle est perpétrée par le régime sioniste, elle ne suscitera que quelques éphémères expressions de préoccupation et d’inquiétude, et quelques timides appels au respect du droit à l'information non pas par le régime sioniste mais par « toutes les parties en conflit ».  

En revanche, il y a chez certains pays occidentaux une tendance à légitimer le crime israélien en mettant en exergue les allégations du régime sioniste qui a prétendu, sans apporter la moindre preuve, que l’immeuble qui a été pulvérisé par les frappes de son armée abritait « des entités appartenant au renseignement militaire » du mouvement islamiste Hamas.

Et le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui s'est entretenu avec le président américain après ces frappes, est apparu  plus tard à la télévision, pour se vanter d’avoir l’aval "sans équivoque" de Joe Biden qui l’avait assuré de son soutien au droit d'Israël « à se défendre » contre les attaques du Hamas.

Pire encore, ce n’est certainement pas une simple coïncidence que la frappe de l’immeuble des medias est venue, en même temps, que les mesures de censure et les restrictions décidées par les réseaux sociaux afin d’empêcher la diffusion et le partage des vidéos et photos des événements à Gaza et aux territoires occupés, ainsi que l’interdiction par certains pays comme la France et l’Allemagne des manifestations pro-palestiniennes ou plus précisément anti-israéliennes.

Fin

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