25 oct. 2021, 08:38
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Avicenne, le prince iranien des savants (980–1037)
Statue d’Avicenne- Pavillon des scientifiques persans au siège de l’ONU à Vienne

Téhéran (IRNA)- L’œuvre philosophique de ce savant persan est aussi dense que son œuvre médicale, et son célèbre "Canon de la médecine" ("Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb") fit autorité auprès des étudiants en médecine en Occident jusqu’au XVIIème siècle.

Le nom d’Avicenne entre souvent en concurrence avec celui d’Averroès, l’autre savant musulman qui vécut, lui, au XIe siècle. La comparaison entre les deux génies sera l’un des axes de ce documentaire. 

Le persan Avicenne naît dans une famille aisée à Boukhara, ville qui se situe aujourd’hui en Ouzbékistan. À l’excellente éducation qu’il reçoit s’ajoutent des dons : À seize ans, Avicenne est capable de soigner des malades grâce à ce qu’il a lu et appris chez Galien, Hippocrate et Aristote. De tous ces auteurs, il sait faire la synthèse. Il les lit en arabe puisque le grec ne lui a pas été enseigné, comme il n’est d’ailleurs pas enseigné aux autres musulmans à cette époque. Lecteur évidemment du Coran, et religieux comme tous les musulmans de son époque, Avicenne écrit de la philosophie toujours en ayant en tête la philosophie grecque et la théologie. L’immortalité de l’âme est la question principale de son œuvre, et Le Livre de la guérison est sa somme philosophique. Pour des raisons de coût éditorial, ni son Canon de la médecine ni ses textes philosophiques ne sont aujourd’hui intégralement traduits et disponibles en français.

Avicenne est-il davantage un médecin ou un philosophe ? Les avis divergent. Selon Omar Merzoug, biographe du savant, Avicenne est davantage un médecin. C’est dans cette discipline qu’il a innové, en prenant notamment en compte les maladies de l’âme, sans bien sûr les nommer ainsi. Cet avis est partagé par un médecin urgentiste, Kamel Allaoui, qui lit et commente pour ce documentaire des extraits du Canon de la médecine. La supériorité de l’Avicenne médecin sur le philosophe expliquerait que son nom ait été donné à l’hôpital de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Une visite guidée de l’établissement, en compagnie de la conférencière Bénédicte Penn, revient sur l’histoire de cet hôpital, construit en 1935, pour n’accueillir que des musulmans. Son architecture est orientale, inspirée d’une mosquée marocaine.

D’autres défendent l’idée selon laquelle Avicenne est un plus grand philosophe que médecin. Son influence sur la philosophie orientale, sur le soufisme surtout, est considérable. C’est l’avis du professeur de philosophie Jean-Baptiste Brenet. Le Livre de la guérison, traduit en latin au XIIème siècle, permit aux Occidentaux de retrouver l’œuvre d’Aristote. Avicenne distingue deux sortes d’êtres : L’être nécessaire par lui-même, c’est-à-dire Dieu, et les autres, qui n’existent que grâce à Dieu. Cette dualité structure sa pensée. Connue dans le monde entier du vivant d’Avicenne, cette idée fait tout de suite polémique.

Partisans de l’Avicenne médecin et de l’Avicenne philosophe s’accordent sur une idée : Le savant, bien que lecteur de ses prédécesseurs, fut un créateur alors qu’Averroès ne fut qu’un commentateur – mais un remarquable commentateur. D’ailleurs, initialement spécialiste d’Averroès, Omar Merzoug s’est progressivement davantage intéressé à Avicenne.

De la vie privée d’Avicenne, on sait peu de choses : Il soignait des personnes de haut rang et a lui-même exercé des responsabilités politiques, raison pour laquelle il s’exilait souvent, soumis aux jeux d’alliances et d’inimitiés des grands hommes qu’il approchait. Les textes d’Avicenne donnent une idée de sa personnalité : Il avait conscience de sa grande valeur. 

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