6 janv. 2021 à 17:59
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Meybod (IRNA) - Depuis quelques millénaires, les simples tours de poterie tournent et retournent dans les minuscules ateliers de Meybod. Photos: Marziyeh Emami Meybodi

Les maîtres potiers, très fiers de leur activité, formaient autrefois une hiérarchie distinguée dans la société de Meybod. Leur travail répondait aux nombreux besoins des habitants : à côté des objets et des récipients de la vie quotidienne, leurs produits étaient utilisés dans la construction immobilière et dans les systèmes d’irrigation. Bien que pour les chercheurs étrangers, la poterie des autres régions de l’Iran, notamment Lâledjin, soit beaucoup plus célèbre que celle de Meybod, cette ville située au carrefour de la Route de Soie s’est tellement enrichie à la suite de ces contacts qu’il est possible de relever dans ses styles de poteries des traces esthétiques de toute l’Asie - de la Chine à l’Arabie. De plus, l’argile de qualité de Meybod, la silice de ses montagnes et les colorants naturels de la région présentaient des matières premières idéales pour le travail potier. Le langage local utilise deux termes essentiels pour désigner les produits : kevâreh pour les poteries à base d’argile et nâni (Nâïni) pour les faïences faites de silice (terre blanche). Outre la maîtrise de la technique, la poterie de Meybod se flatte aussi de ses motifs significatifs et mystérieux. En 1971, lors du Festival international de Munich, on applaudit l’art des potiers de Meybod et la poterie et la céramique de cette ville gagna la médaille d’or de la compétition grâce à ses motifs singuliers. Beaucoup de chercheurs d’art se sont intéressés à ces motifs mystérieux et riches d’expression. Micheline Centlivres-Demont, dans une thèse intitulée « Une communauté de potiers en Iran ; le centre de Meybod » soutenue à l’Université Neuchâtel de Suisse, offre une parfaite interprétation de ces motifs. Voici un extrait de cette thèse multidimensionnelle : « La nature, source d’inspiration de l’art persan […] L’oiseau, motif bien connu dans l’art iranien, a une valeur symbolique qui remonte aux temps préislamiques, […] il a une valeur de talisman et est censé protéger la maison. […] Rappelons enfin le symbolisme du poisson, porte-bonheur et symbole de vie, placé symétriquement à l’opposé du domaine aérien de l’oiseau, au fond de l’eau, source de vie et d’abondance. »

Les motifs tels que la dame-soleil (khorshid khânom), le poisson et l’oiseau sont omniprésents dans l’esthétique de la poterie meybodienne. Le soleil, symbole du désert, est un être sublime depuis l’ère mithraïste, et la dame-soleil en est une version très connue surtout dans l’art qâdjâr ; figure qui se réfère à la femme idéale de l’époque qâdjâre. Le poisson représente un rêve désertique : l’eau, enjeu stratégique de la géopolitique actuelle et de l’historique iranienne. Le potier du désert, par son art, envisage peut-être de réaliser ses rêves, ses désirs dans la terre des mirages. En effet, à Meybod, les potiers déchiffrent les mystères du désert, le pays des étranges.

Avec La Revue de Téhéran

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