2 nov. 2021, 09:51
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La culture de Jiroft, mystérieuse civilisation âgée de 5000 ans

Téhéran (IRNA) – Les fouilles archéologiques des experts iraniens à Jiroft (Province de Kerman) ont exposé les ruines d'une ancienne civilisation de l'âge du Bronze qui avait prospéré en bordure des civilisations mésopotamiennes.

Début 2001, la rivière Halil-Roud est sortie de son lit lors d'une crue et a érodé les berges et les terres environnantes. En emportant les couches de sédiments, la rivière a mis à nu un ancien cimetière.

Ce n'est qu'après avoir étudié la zone en profondeur puis établi que cette civilisation inconnue remontait à l'âge du Bronze, il y a 5 000 ans, que les archéologues ont saisi la véritable portée de la découverte.

Les fouilles à proximité de Jiroft ont commencé en février 2003 sous la direction de l'archéologue iranien Pr. Yousef Madjidzadeh et se sont poursuivies sur plusieurs saisons. L'équipe de Madjidzadeh a identifié une nécropole principale qu'ils ont baptisée Mahtoutabad.

Les archéologues ont également ciblé pour leur étude deux tumulus s'élevant au-dessus de la plaine à moins de deux kilomètres à l'ouest de la nécropole. 

Distants d'environ deux kilomètres l'un de l'autre, les deux tumulus ont été baptisés Konar Sandal Sud et Konar Sandal Nord. Les fouilles ont montré qu'ils dissimulaient les vestiges de deux complexes architecturaux majeurs.

Sous le tumulus nord se trouvait un lieu de culte, alors que le tumulus sud recouvrait les restes d'une citadelle fortifiée. Au pied des tumulus, enterrés sous plusieurs mètres de sédiments, les archéologues ont découvert les vestiges de bâtiments plus petits. Ils considèrent que les deux tumulus faisaient autrefois partie d'un établissement urbain unifié qui s'étendait sur plusieurs kilomètres à travers le plateau.

Les premières conclusions de Madjidzadeh à partir des données partielles à sa disposition ont fait forte impression sur la communauté scientifique.

Les fouilles ont suivi leur cours sur le site iranien ; les saisons se sont succédé et avec elles les visites des spécialistes venus du monde entier, comme l'archéologue américaine Holly Pittman de l'université de Pennsylvanie. La première phase d'excavations sur le site a duré jusqu'en 2007.

Par la suite, les premières impressions sur la civilisation de Jiroft se sont précisées. Madjidzadeh a publié les découvertes de son équipe, suggérant qu'un centre urbain avait été établi sur le site de Jiroft vers 5000 avant notre ère.

Sa conclusion optimiste indiquait que « la région de Jiroft était un foyer urbain majeur au cours du troisième millénaire avant notre ère. Son centre se trouvait dans la vallée de la rivière Halil-Roud où de vastes sites à l'architecture monumentale dominaient le paysage, avec une production artisanale considérable, des quartiers accueillant les domestiques et des cimetières extramuraux étendus. »

Les archéologues ont trouvé différents types d'objets, certains pratiques, d'autres décoratifs ou sacrés, souvent incrustés de pierres semi-précieuses parmi lesquelles calcite, chlorite, obsidienne et lapis-lazuli.

Les résidents de cette cité antique semblent avoir entretenu un contact étroit avec les villes de la Mésopotamie, la région située entre le Tigre et l'Euphrate qui coïncide plus ou moins avec l'actuel Irak. Les fouilles laborieuses de Konar Sandal Sud ont révélé que la citadelle qui y était enfouie se composait de murs en brique monumentaux et de plusieurs pièces dont la datation au radiocarbone situe l'édifice entre 2500 et 2200 avant notre ère.

Les fouilles sur le site de Jiroft ont été suspendues pendant sept ans avant de reprendre en 2014 avec le retour d'archéologues iraniennes sur le site. Des spécialistes en provenance d'Italie, de France, d'Allemagne et d'autres pays ont pris part à ces nouvelles fouilles qui ont fourni des informations encore plus détaillées sur le peuple de l'âge du Bronze de Jiroft.

Les archéologues ont découvert avec enthousiasme la complexité et la beauté des objets d'art de Jiroft. L'iconographie ornementale présente sur des centaines de récipients est riche d'un symbolisme réalisé avec brio et montre des similarités remarquables avec l'iconographie associée à la culture mésopotamienne.

Les représentations de scorpions mises au jour à Jiroft font écho aux hommes-scorpions découverts au sein de la nécropole royale d'Ur, datant du 3e millénaire avant notre ère. Les hommes-taureaux de Jiroft rappellent l'homme-taureau Enkidu de l'Épopée akkadienne de Gilgamesh. Les parallèles sont si prononcés que des théories ont été établies sur l'existence d'un patrimoine culturel commun aux deux civilisations.

Le plus frappant, ce sont les images caractéristiques d'un taureau inversé surmonté d'un aigle et de batailles entre aigles et serpents. Ces deux motifs apparaissent sur de nombreux récipients découverts à Jiroft et semblent évoquer l'un des plus célèbres mythes de la Mésopotamie, celui d'Etana, le légendaire roi-berger de Kish cité sur la liste royale sumérienne comme étant le premier souverain après le déluge universel.

Ce mythe est l'une des histoires les plus fascinantes de cette lointaine période, il met en scène Etana qui doit rejoindre les cieux pour se procurer une plante magique grâce à laquelle sa femme pourra lui donner un descendant. Dans le même temps, une querelle éclate entre un aigle et un serpent. Alors que les deux étaient autrefois de fidèles alliés, ils sont devenus ennemis jurés après que l'aigle eut dévoré les enfants du serpent. Le serpent assouvit sa vengeance et laisse l'aigle pour mort au fond d'un ravin. Sur les conseils du dieu soleil, Shamash, Etana vient au secours de l'aigle et pour le remercier l'oiseau le transporte jusqu'au paradis où il trouve la plante dont il a besoin pour s'assurer une descendance.

Il semblerait également que des représentations découvertes à Jiroft reprennent le motif du déluge universel, un élément central des cultures sumériennes et babyloniennes. Dans ses travaux sur la cité iranienne, l'archéologue italien Massimo Vidale évoque la présence « sur un vase, d'un personnage à genoux tenant deux zébus dont les têtes produisent des vagues. De ces vagues s'élève une montagne ; un autre personnage doté des symboles divins du Soleil et de la Lune soulève une forme qui ressemble à un arc-en-ciel, derrière lequel on distingue des chaînes de montagnes qui émergent… Même s'il convient de rester prudent, il est difficile pour l'auteur de faire abstraction de l'impression que cette image relate un mythe ancien au sujet d'un grand déluge. »

Au niveau de l'une des entrées de la citadelle de Konar Sandal Sud, des chercheurs ont trouvé un fragment de tablette d'argile cuite portant des inscriptions. À environ 150 m plus au nord, trois autres tablettes présentant deux systèmes d'écriture différents ont été découvertes. Cela montre bien que ces peuples avaient mis au point un système d'écriture. L'un d'entre eux présente des similitudes avec le système appelé élamite linéaire, utilisé dans les villes du royaume d'Élam, limitrophe de la Mésopotamie. L'autre système utilisait des formes géométriques et n'avait jamais été aperçu auparavant. La conclusion évidente qui découle de ces deux découvertes est que la civilisation de Jiroft était lettrée.

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